Lubero/Kayna : l’ONG AHDI redynamise les CBCM pour renforcer la lutte contre les exploitations et abus sexuels

Face à la persistance des exploitations et abus sexuels (EAS) dans la zone de santé de Kayna, l’ONG Actions Humanitaires pour le Développement Intégral (AHDI) a organisé, du 29 au 30 juillet 2025, un atelier de redynamisation des Comités Communautaires de Gestion des Plaintes (CBCM). L’activité s’est tenue dans la salle de conférence de l’Hôtel La Charité, à Kirumba, et a réuni des acteurs communautaires et sanitaires issus de plusieurs aires de santé.

Cet atelier de deux jours avait pour objectif principal de renforcer les capacités des CBCM, d’analyser leur fonctionnement depuis leur installation et de définir des stratégies concrètes pour leur redynamisation durable. Il s’inscrit dans les efforts d’AHDI visant à promouvoir la Prévention de l’Exploitation et des Abus Sexuels (PSEA) et à améliorer la redevabilité envers les communautés affectées.

L’ouverture officielle est intervenue l’avant-midi, marquée par la présentation des participants, des objectifs de l’atelier et un mot de la bourgmestre adjointe de la commune rurale de Kirumba. Celle-ci a salué l’initiative tout en soulignant les risques élevés d’inconduite sexuelle dans son entité et la nécessité d’impliquer davantage la communauté dans la prévention et le signalement des cas.

Les échanges se sont déroulés en kinande, swahili et français, afin de favoriser une participation inclusive et active de tous les participants. Selon le Coordonnateur national d’AHDI, Philémon Kalondero, les discussions ont porté notamment sur les concepts clés de la PSEA (exploitation sexuelle, abus sexuel et harcèlement sexuel), les principes fondamentaux définis par l’IASC, les obligations des travailleurs humanitaires ainsi que les mécanismes de signalement et de gestion des plaintes.

Les participants ont dressé un état des lieux critique des mécanismes existants, tels que la ligne verte nationale, les boîtes à suggestions, les espaces sûrs, les points focaux PSEA et les CBCM. Ils ont relevé plusieurs difficultés notamment la crainte de représailles contre les dénonciateurs ; le manque de feedback après le signalement des cas ; la multiplicité et la mauvaise gestion des boîtes à suggestions ; le dysfonctionnement ou la mauvaise localisation de certains espaces sûrs ;
l’absence de suivi des plaintes et de coordination entre les acteurs.

Malgré ces défis, les CBCM ont été reconnus comme des acteurs clés de proximité, capables de recevoir, analyser et orienter les plaintes lorsque les principes de confidentialité, de transparence et de sécurité sont respectés.

Les travaux en carrefour ont permis aux CBCM de plusieurs aires de santé (Kayna, Kirumba, Mighobwe, Buhimba, Kasando, Itsu, Katero et Bulotwa) d’analyser les facteurs de risques des EAS et des VBG, parmi lesquels la pauvreté, le chômage, l’insécurité, l’impunité, l’ignorance des lois, la vulnérabilité des ménages et la défaillance des mécanismes judiciaires.

Ils ont identifié des conséquences lourdes notamment les grossesses précoces et non désirées, infections sexuellement transmissibles, traumatismes psychologiques, abandon scolaire, stigmatisation sociale, enfants non accompagnés et enrôlement dans les groupes armés.

Mise en place d’une coordination zonale des CBCM

L’un des résultats majeurs de l’atelier a été la mise en place d’une coordination des CBCM de la zone de santé de Kayna, issue d’élections libres et démocratiques. À l’issue du scrutin, Madame Kanyere Fatuma, infirmière titulaire, a été élue coordinatrice, assistée de Monsieur Muhindo Muyisa comme vice-coordinateur. La coordination, composée de 10 membres (5 femmes et 5 hommes), a exprimé le souhait d’être accompagnée par le Réseau PSEA et de travailler en étroite collaboration avec toutes les organisations intervenant dans la zone.

L’atelier s’est conclu par une série de recommandations adressées aux autorités locales, appelées à lutter contre l’impunité, vulgariser les lois sur les EAS et appuyer les CBCM. Les autorités sanitaires, ont été également invitées à renforcer les capacités du personnel de santé en PSEA et à améliorer la prise en charge des survivants.

Par ailleurs, les organisations non gouvernementales, ont été exhortées à appliquer une politique de tolérance zéro, à travailler avec les CBCM existants et à intégrer systématiquement la PSEA dans leurs projets.

À travers cette initiative, AHDI réaffirme son engagement en faveur d’une aide humanitaire éthique, responsable et centrée sur la dignité des personnes. L’organisation entend poursuivre l’accompagnement des CBCM afin de renforcer la prévention, le signalement et la gestion des cas d’exploitation et d’abus sexuels dans la zone de santé de Kayna.

Emmanuel SYAVUTAWA

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