L’organisation Actions Humanitaires pour le Développement Intégral (AHDI) a clôturé, le 31 mars 2025, son projet de Sensibilisation et Communication communautaire sur la Protection contre l’Exploitation et les Abus Sexuels (PSEA), mis en œuvre avec l’appui financier du International Council of Voluntary Agencies (ICVA) à travers le Fonds interagence de sensibilisation et de communication communautaire sur la PSEA.

Déployé du 1er octobre 2024 au 31 mars 2025 dans plusieurs zones de santé du Nord-Kivu, notamment Butembo, Katwa, Musienene, Lubero, Kayna et partiellement Alimbongo, le projet visait à renforcer la compréhension communautaire des mécanismes de prévention, de signalement et de prise en charge des cas d’exploitation et d’abus sexuels liés à l’aide humanitaire.
Dès le lancement, AHDI a privilégié une approche centrée sur la communauté. Des ateliers d’analyse des risques et de redevabilité ont été organisés afin d’adapter les messages aux réalités locales. Cette démarche participative a permis d’impliquer autorités locales, leaders religieux, organisations communautaires, jeunes, personnes vivant avec handicap et acteurs humanitaires.
Au total, 12 messages clés basés sur les six principes fondamentaux de la PSEA ont été élaborés, validés puis vulgarisés en français, swahili et kinande. Ces messages ont été diffusés à travers 18 représentations théâtrales participatives ; 3 partitions musicales enregistrées ; 227 diffusions radiophoniques ; 3 500 dépliants distribués ; 250 affiches et 12 calicots produits et placardés ; 153 séances de sensibilisation communautaire ; 29 séances de briefing auprès des organisations et structures locales de protection.

Selon les données consolidées, plus de 44 000 personnes ont été directement atteintes par les activités présentielles, dont une majorité de femmes et de jeunes. À cela s’ajoutent environ 300 000 auditeurs touchés à travers les radios communautaires partenaires.
Un impact notable dans un contexte sécuritaire fragile
La mise en œuvre du projet est intervenue dans un contexte humanitaire particulièrement instable, marqué par les déplacements massifs de populations fuyant les affrontements armés dans certaines zones du Nord-Kivu. Malgré ces contraintes, les activités ont été adaptées grâce à des plans de mitigation et à l’implication directe des troupes théâtrales locales.
Les consultations communautaires ont révélé plusieurs préoccupations majeures, notamment le monnayage de l’aide humanitaire ; l’exploitation sexuelle en échange de services ; la lenteur dans le traitement des plaintes ; la méconnaissance des mécanismes de signalement existants. En réponse, le projet a renforcé la cartographie des boîtes à suggestions, encouragé le recours aux numéros verts des organisations humanitaires et facilité l’orientation des survivants vers les structures de prise en charge disponibles.
Renforcement des mécanismes locaux et durabilité

Au-delà des activités de sensibilisation, le projet a permis la mise en place de structures permanentes d’analyse des retours communautaires. Ces mécanismes locaux constituent aujourd’hui un acquis majeur pour la prévention et la gestion des cas d’exploitation et d’abus sexuels. Deux émissions radiophoniques communautaires ont également été initiées à Butembo et à Musienene afin de pérenniser la diffusion des messages de prévention.
AHDI souligne que l’appropriation communautaire s’est révélée déterminante dans l’acceptation du projet et l’efficacité des interventions. « La communautarisation de la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels constitue une stratégie clé pour des résultats durables », indique la coordination de l’organisation.
Membre actif du réseau PSEA local, AHDI a collaboré étroitement avec les autorités gouvernementales, les médias communautaires et les organisations humanitaires présentes dans la zone d’intervention. Cette synergie a facilité l’exonération de certaines taxes liées aux activités culturelles et amélioré l’adhésion institutionnelle au projet. Plusieurs organisations ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt pour la reproduction et l’utilisation des supports développés dans le cadre de cette initiative, désormais disponibles en format ouvert.
À l’issue du projet, AHDI entend poursuivre l’accompagnement technique des structures locales formées et continuer le plaidoyer pour le renforcement des mécanismes de signalement et de prise en charge des victimes. L’organisation appelle à une mobilisation accrue des partenaires techniques et financiers afin de consolider les acquis et d’étendre les activités de sensibilisation dans les zones encore affectées par l’insécurité.
« Ce projet démontre qu’une communication communautaire adaptée, participative et inclusive peut contribuer efficacement à prévenir l’exploitation et les abus sexuels dans les contextes humanitaires complexes », conclut AHDI dans son rapport global.
Emmanuel SYAVUTAWA
