
L’organisation Actions Humanitaires pour le Développement Intégral (AHDI) a mis en œuvre, dans la province du Nord-Kivu, un projet ambitieux de prévention et de réponse à l’exploitation et aux abus sexuels (PSEA), ciblant des communautés fortement affectées par les conflits armés et l’instabilité sécuritaire.
Organisation nationale légalement reconnue en République démocratique du Congo, AHDI intervient dans plusieurs secteurs clés, notamment la protection transversale, la lutte contre les violences basées sur le genre, l’autonomisation des femmes et des jeunes filles, la protection de l’enfance, la santé, la sécurité alimentaire, l’éducation, la transformation des conflits et la bonne gouvernance.
Depuis mai 2021, AHDI est activement engagée dans la Protection contre l’Exploitation et les Abus Sexuels à travers des actions de sensibilisation communautaire, le renforcement des mécanismes de signalement et l’accompagnement des survivants.
Le projet s’est déroulé dans des zones de retour caractérisées par l’occupation du M23/AFC, où vivent majoritairement des déplacés internes et des retournés de guerre. Il s’agit notamment de la zone de santé de Kibirizi, en territoire de Rutshuru, ainsi que des zones de santé de Kayna et d’Alimbongo, en territoire de Lubero.
Malgré ce contexte sécuritaire sensible, AHDI a atteint l’ensemble des objectifs fixés. Le projet visait principalement à cartographier les risques communautaires d’exploitation et d’abus sexuels, à vulgariser les principes fondamentaux de la PSEA et à renforcer les compétences des Comités Communautaires de Gestion des Plaintes (CBCM) en matière de prévention, de signalement sécurisé et de protection des victimes.
La mise en œuvre du projet a reposé sur une approche participative et inclusive. Trente-six focus groups ont été organisés, atteignant 432 participants, dont 101 femmes et 90 filles. Ces échanges ont permis d’identifier les principaux risques communautaires d’exploitation et d’abus sexuels, notamment l’ignorance de la gratuité de l’aide humanitaire, la vulnérabilité accrue des bénéficiaires, la méconnaissance des mécanismes de signalement et l’impunité des auteurs présumés.
En complément, six dialogues communautaires ont été menés, dont trois avec les autorités politico-administratives et trois avec les leaders communautaires et religieux. Ces dialogues ont réuni 180 participants (120 hommes et 60 femmes) et ont favorisé une prise de conscience collective sur les obligations des acteurs humanitaires et le rôle de la communauté dans la prévention des abus.
Renforcement des capacités des CBCM et des organisations humanitaires
Trois séances spécifiques d’analyse des risques ont été organisées en faveur des membres des CBCM, réunissant 90 participants, dont 75 femmes et 15 hommes. Ces séances ont mis en évidence les faiblesses des mécanismes communautaires de plaintes, notamment l’absence de codes de conduite, la confusion entre violences sexuelles et exploitation et abus sexuels, ainsi que la méconnaissance des procédures de signalement.
Par ailleurs, trois ateliers d’analyse des risques organisationnels ont ciblé 90 organisations humanitaires, représentées par 54 hommes et 36 femmes. Les résultats ont révélé un manque généralisé de politiques et de mécanismes internes de PSEA, ainsi qu’un besoin urgent de formations spécialisées et d’outils adaptés.
Dans le cadre de la vulgarisation des principes fondamentaux de la PSEA, 500 dépliants et 150 affiches ont été produits et distribués lors des activités communautaires. En outre, 36 émissions radiophoniques ont été organisées sur trois stations locales, accompagnées de 144 séances de sensibilisation de masse. Ces actions ont permis d’atteindre près de 20 000 personnes, incluant des femmes, des enfants, des personnes vivant avec handicap, des déplacés internes, des retournés et des acteurs humanitaires.
Malgré les ajustements du calendrier liés au contexte sécuritaire et aux exigences des autorités locales, le projet a suscité une appropriation progressive des messages PSEA par les communautés. Les participants ont exprimé leur volonté de signaler les cas ou soupçons d’abus et ont recommandé la poursuite et l’élargissement des actions de sensibilisation et de formation. À travers ce projet, AHDI a posé des bases solides pour le renforcement de la redevabilité communautaire et la protection des populations vulnérables.
Soulignons que cette initiative, facilitée par Philémon Kalondero, coordonnateur national de AHDI, constitue une avancée significative dans la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels dans les zones affectées par les conflits du Nord-Kivu. Ce projet a été mis en œuvre grâce au financement du Fonds de Sensibilisation et de Communication Communautaire sur la Protection contre l’Exploitation et les Abus Sexuels (PSEA FUND), avec l’appui et le suivi technique de International Council of Voluntary Agencies(ICVA).
Emmanuel SYAVUTAWA
